• Sarah Ben Ali

6 raisons pour redécouvrir Stefan Zweig

Mis à jour : 4 déc. 2019

La concision, l’économie de la parole et la twitterisation. Ces 70 signes qui voient rouge dès le rajout d’un caractère, tous symptomatiques de notre époque. Une époque rapide, qui nourrit l’obsession de l’instantané, de l’éphémère, de la réactivité. Mais peut-on être bref et profond ? c’était le pari de Stefan Zweig, l’un des plus grands nouvellistes du XXème siècle. Il en dit beaucoup en très peu de mots. Précurseur, il porte un regard lucide sur notre ère sans en être le contemporain. Voici 6 raisons pour redécouvrir l’un des plus grands storyteller de notre histoire.


"La contrainte"

Bien avant "Tu ne tueras point" de Mel Gibson, il y avait "la contrainte" de Stefan Zweig. Cette nouvelle est une réflexion poussée sur le devoir, le patriotisme et l’objection de conscience. Ferdinand Nussbaum est peintre allemand expatrié en Suisse. Et lorsque son pays l’appelle à s’engager à l’aune de la seconde guerre mondiale, il s’interroge sur son sens du devoir. Entre sa femme qui s’oppose à son départ sur le front, ses convictions pacifistes et les affres de la guerre, il se demande si la désertion n’est pas l’acte le plus courageux qu’il ne puisse accomplir.






"Le joueur d’échecs"

Nouvelle philosophique par excellence… Et d’actualité. La génération Y, plus que jamais décidée à se remettre en question trouve son écho dans "Le joueur d’échecs" qui raconte l’histoire d’un prisonnier n’ayant trouvé d’occupation dans sa cellule que de jouer aux échecs… tout seul… et contre lui-même. Mais comment parvenir à percevoir ses failles, les utiliser contre soi et les soigner sans en perdre la raison ? comment vit-on l’échec dans la réussite ? Que peut-il arriver à celui qui prend conscience de ses entières forces et faiblesses ? Et à quel moment doit-on freiner le doute pour ne pas s’autodétruire ? Stefan Zweig nous appelle à penser contre nous-même. Il nous livre un discours sur l’importance de la solitude dans la connaissance de soi

et la nécessité de l’autocritique pour triompher.

Sur soi d’abord, et sur les autres ensuite.



"Lettre d’une inconnue"

On a longtemps souhaité dénigrer les écrits de Stefan Zweig en le qualifiant d’ "Auteur pour femmes" mais loin des récits à l’eau de rose et des histoires de princesses cucu, l’auteur de "Lettre d’une inconnue" dissèque les relations humaines et interroge -le temps d’une nouvelle- l’amour unilatéral, inconditionnel et sincère. Un récit poignant sur une femme éprise d’un homme qui ne la voit pas. Zweig décrit un sentiment constant et acharné qui, s’il se sait condamné à être méconnu, ne se donne pas de répit et perdure. Mais que ressent-on lorsqu’on est aimé inlassablement sans qu’on puisse offrir un juste retour ? N’est-ce pas frustrant … ou simplement flatteur?




"La confusion des sentiments"

Encore une histoire étudiant le rapport complexe qu’entretient un élève à son professeur. Entre l’admiration, la fascination, ou simplement l’attirance charnelle et amoureuse, les personnages s’installent progressivement à Vienne des années 20 pour pointer du doigts la domination ou l’emprise qu’exerce le maître sur son disciple. Flirtant délicatement avec la question homosexuelle sans prétention revendicatrice, Zweig tente d’assoir une certitude : pas d’amour sans vérité. Et entre les non-dits et le mensonge, l’étudiant, son professeur et sa femme réconfortent l’auteur dans sa pensée : il n’y a pas d’amour quand il n’y a pas de sincérité.





"Tout ce qui précède n'est qu'une préparation, tout ce qui suit n'est qu'une contrefaçon boiteuse de cet élan original et hardi vers l'infini."


La confusion des sentiments

de Stefan Zweig





"Amok"

Toujours à l’avant-garde, c’est Zweig qui publie en 1922 une nouvelle sur l’interruption volontaire de grossesse. Plutôt un acte qu’un simple récit innocent. L’auteur déjoue le discours politique en nous livrant l’histoire d’une femme qui requiert d’un médecin un avortement… qu’il lui a refusé. Amok, à la fois comportement meurtrier et symbole du fou coureur -qui ne s’arrêtera qu’une fois abattu- , résume à lui seul l’illégitimité d’un homme à refuser à une femme un droit sur son corps. Et le désarroi d’une femme déterminée à exercer ce droit quelles que soient les conséquences. Une réflexion sur le pouvoir que détient un homme sur le destin d’une femme… et sur le devoir du médecin qui ne sait pas se soustraire à sa personne en respectant les convictions de ses patients.





"24 heures dans la vie d’une femme"

Encore un amour libre, impulsif et qui finit par se rompre quand les espoirs sont défaits. Zweig expose, avec justesse, l’amour déraisonné face à l’addiction. "Quand on aime, on ne compte pas" affirme le dicton. Mais qu’en est-il lorsque celui qu’on aime voue une addiction pour les jeux de hasard ? lorsqu’il ne sait pas où s’arrêter … on croit pouvoir sauver l’amant et on se rend vite compte qu’il n’y avait rien à sauver à part son propre honneur. Ici Zweig dresse le portrait d’un triangle amoureux où la tierce personne n’est autre qu’une chose. Et questionne encore une fois l’acharnement du sentiment amoureux… entêté et aveugle.


Sarah Ben Ali

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