• Sarah Ben Ali

Amin Maalouf : l’écrivain de l’exil

A défaut d’avoir mis sa chaise dans le sens de l’histoire, Amin Maalouf a posé son fauteuil sur la seine. A l’Académie Française, il est seul à rouler les "R" et à défendre une langue qu'il s'approprie et qu'il sublime. Il porte sa bâtardise culturelle comme une armure et l’interroge dans ses écrits. Et si les romans de l’académicien travestissent un message politique brisant les frontières et rejetant les murs, ses essais politiques –plus assumés- prélèvent dans l’histoire afin d’offrir aux lecteurs un regard sur leur présent. Voici trois ouvrages à redécouvrir de l’auteur…




# "Les désorientés"

Ce livre commence par un enterrement, mais c’est plutôt Adam, historien exilé, qui exhume l’histoire d’un pays qu’il avait quitté depuis 25 ans. En retrouvant ses amis, en revisitant les lieux de sa jeunesse et en racontant ce retour vers les racines, on repense le lien qu’un immigré entretient avec son pays d’origine. À travers un itinéraire presque pèlerin, et la plume chirurgicale de Maalouf, on revit la guerre à travers l’humain et on se confronte aux choix de ceux qui ont décidé de partir comme à ceux qui sont restés… Sans jugement. Ce roman résonne longtemps dans l’esprit d’un désorienté. Il est à la fois incisif, philosophique et d’actualité.



"L'émigrant doit être prêt à avaler chaque jour sa ration de vexations, il doit accepter que la vie le tutoie, qu’elle lui tapote sur l’épaule et sur le ventre avec une familiarité excessive." Origines - Amin Maalouf



# "Les échelles du levant"

Un bon ouvrage pour revoir la notion de frontière en retraçant brièvement l’histoire d’un levant jadis continue, désormais rompu et compartimenté. Mais "les échelles du levant" est avant tout une histoire d’amour entre Ossyane et Clara, lui musulman, elle juive, qui seront séparés en 1948, comme ça a été le cas entre Haifa et Beirut. Maalouf a choisi son camp : celui de l’amour en remédiant à la déchirure dans l’Histoire du Moyen Orient. Mais cette fois, c’est sur le quai de l’Horloge, à Paris, qu’Ossyane sera aperçu dans les bras de Clara. Parce que l’orient ne pouvait supporter leur amour.

Lecture achevée, mais livre jamais fermé, page jamais tournée. C’est un roman qui rassemble à lui tout seul l’histoire de l’Egypte, du Liban, d’Israël, de l’empire Othman et de la France. C’est une bonne introduction à la géopolitique dans un style narratif fluide et émouvant.





# "Les identités meurtrières"

Un essai bien plus concis qu’un autre plus récent et moins pertinent portant le titre réactionnaire "Le naufrage des civilisations". Amin Maalouf nous dit tout dans "les identités meurtrières". Il nous explique nos complexes et notre histoire dans une tentative réussie de panser les plaies d’un désorienté, à la fois en perte de repères et déterminé à aboutir à l’acceptation. En mettant en lumière la richesse d’une identité composée et assumée, il brosse le portrait de ceux et celles qui la réduisent en un trait ou en une origine. La pensée de Malouf suit un cheminement porté par un regard sur soi et le regard des autres sur l’immigré. Soit on le réduit à sa différence, soit il s’y enferme. Elle rappelle la pluralité de l’identité et le lien viscéral qu’elle entretient avec l’altérité. "Les identités meurtrières" est un essai fondateur qui rappelle le besoin d’appartenir et la nécessité de s’ouvrir sur le monde.

Sarah Ben Ali

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