• Sarah Ben Ali

Défendre Jemila Debbech ksiski ou choisir entre le mal et le malaise




C’est suite à une altercation au cœur de l’hémicycle tunisien entre la députée Jemila Debech ksiksi (Parti Ennahdha) et les députés du parti destourien libre qu’on a vu déferler des commentaires haineux, racistes et misogynes à l’égard de la personne de la députée, sur les réseaux sociaux.


Le 4 décembre 2019, à l’Assemblée des Représentants du Peuple, un échange musclé a eu lieu entre la députée d’Ennahdha Jemila Debbech Ksiksi -aussi présidente du parlement des femmes africaines- et entre les députés du PDL dont leur cheffe Abir Moussi. L’élue conservatrice a qualifié ses collègues de « bandits » et de « clochards ».

Les réponses n’ont pas tardé à se manifester lorsque les internautes ont partagé l’altercation.

Le passé RCD de la députée est remontée à la surface. Certains arguaient contre son appartenance politique actuelle et sa prise de position relativement incohérente contre les héritiers du Rassemblement Constitutionnel Démocratique. D’autres ont préféré renvoyer à son apparence et sa couleur de peau.

Les féministes et droits-de-l’Hommiste confondus se trouvent à défendre l’élue conservatrice malgré leur différence politique avec elle.




Choisir entre le mal et le malaise

Dans un pays où on n’a pas complètement déconstruit le patriarcat et le racisme, les plus engagés se trouvent souvent à défendre des personnes qui promeuvent la violence qu’elles subissent. Par exemple, un activiste de gauche a défendu Morsi lorsqu’il a été condamné à mort, alors que Morsi était pour la peine de mort. l'activiste était tout à fait cohérent avec son abolitionnisme primaire. Par contre, est ce cohérent de demander clémence pour celui qui n'en voulait pas pour les autres?... Deuxième exemple : des féministes qui défendent Baya Zardi contre Klay BBJ qui a appelé à son viol. Tant dis que Baya Zardi est une femme de droite qui a tenu, à multiple reprises, des propos moralistes et annihilant le choix d’autres femmes de disposer de leurs corps librement.

Ex : Des féministes qui défendent Baya Zardi contre Klay BBJ qui a appelé à son viol. Tant dis que Baya Zardi est une femme de droite qui a tenu, à multiple reprises, des propos moralistes et annihilant le choix d’autres femmes de disposer de leurs corps librement.

De même, on se retrouve à devoir défendre Jemila Debbech contre des propos racistes et misogyne alors qu’elle appartient à un parti politique conservateur qui s’est opposé à l’égalité dans l’héritage…. et donc qui était pour la discrimination financière à l'égard des femmes. Même si le parti Ennahdha reste l’un des rares partis en Tunisie qui a des candidats noirs en tête de liste (l’élection de Ksiski à l’Assemblée en est une preuve) et un candidat de confession juive - Simon Slama- sur l’une de ses listes aux municipales.


Si le parti islamiste se dresse comme un Janus, il réussit à battre les progressistes à leur propre jeu. En endossant l’apparence d’un parti inclusif, avec des leaders femmes au premier plan, il travestit un fond discriminant et inégalitaire qui se traduit dans le vote de ses députés ou leurs prises de position.


Lutter contre les discriminations des femmes racisées, une question de principe


Ainsi, les progressistes se trouvent pris entre le marteau et l’enclume. S’ils défendent la personne de Ksiksi contre les attaques racistes et misogynes, on les jugera complices des propos insultants d’une élue d’Ennahdha. Or, ils seraient en train de défendre leurs valeurs en défendant une femme noire, indépendamment de son conservatisme et de la violence dont elle a fait preuve. Puisqu’elle est la première victime de son conservatisme.

Et s’ils décident de garder le silence, ils trahiraient leurs valeurs par omission, parce qu’il n’est plus question de la personne de Jemila Debbech Ksiksi, mais plutôt du traitement réservé symboliquement aux femmes politiques noires et tout ce que sa présence à l’hémicycle entérine en terme de symbolique.


si Jemila Debbech Ksiksi était un homme politique blanc, on l’aurait pas traité de « Zarga msaouda », on n’aurait pas vu son image circuler adossée à l’image d’un gorille et on l’aurait pas traitée de pute à cause d’un désaccord politique au parlement. Tout comme Abir Moussi d’ailleurs, qu’on choisit parfois de renvoyer à son physique et qu’on traite de tous les noms parce qu’on est en désaccord politique avec elle.

Les féministes, doivent-elles laisser les femmes de droite se tirer une balle dans le pied?

Lutter pour une cause juste avec les mauvais moyens


Les insultes racistes et sexistes qu’on utilise pour délégitimer les propos d’une femme politique, met ses auteurs dans le tort. Puisqu’elles transforment des personnes cautionnant la violence et les inégalités en victimes. Donc ces dernières vont pouvoir utiliser les arguments de leurs opposants pour se défendre. Ainsi, lutter contre la violence des idéaux conservateurs par une violence sexiste et racisme ne peut que renforcer ces dits-idéaux.

Dans le cadre de cet échange d’insultes entre Debbech Ksiksi et Moussi, on dira qu’il existe un entre soi conservateur. On assiste à un crêpage de chignon entre deux membres de deux partis conservateurs. Et ces derniers ont tous deux cautionné des inégalités envers les femmes à un moment de leur histoire politique. Pour autant, devrions nous assister silencieux ou agirions-nous pour rompre le cercle de la violence ?

Sarah Ben Ali

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