• Sarah Ben Ali

Il était une fois : Le dessinateur « Z » et son obsession du bazzoule



Ce titre est digne d’un billet publié sur Tunisie Focus et signé Pierrot Le Fou mais vous allez comprendre tout de suite pourquoi je vous parle de Bazzoule, cet organe que je porte en double mais que je n’ai pas le droit de nommer dans ma langue maternelle … c’est très vulgaire vous savez.

Une fois dépossédée des mots, je ne pouvais que dessiner des petits cercles dans de grands cercles pour parler de Bazzoule… ou traduire le mot en arabe ou dans les langues étrangères. Pour mettre un peu de distance entre moi et mes tétons… Mais pourquoi allais-je parler de Bazzoule ? en fait, je n’en avais aucune envie… et en 27 ans de vie commune avec mes Bazzoules, je n’en ai jamais éprouvé le besoin… contrairement à « Z »… qui, comme tous les hommes que j’ai côtoyés dans ma vie, en parlait tout le temps… ou plutôt, il les dessinait.


"Z" comme ZAB


«Z » est le pseudonyme du talentueux caricaturiste tunisien du blog DébaTunisie fondé en 2007. Cyberactiviste et politiquement incorrect, il regrette l’époque de Ben Ali et se dit dépossédé de ses pouvoirs. On le sait, les artistes sont plus créatifs lorsqu’ils sont censurés. D’ailleurs, Z n’a gardé de cette créativité que ses personnages Bensimpsoniens , ses mythiques Flamants roses, un pays qu’il a baptisé « Sebkha » et une religion « le Boukornisme » dont il se revendique le prophète.





J’écris ce billet parce que « Z », comme beaucoup de personnages publics dits « progressistes » et « de gauche » fait couler son encre à chaque fois qu’il s’agit de féminisme. Il est vrai qu’on en parle beaucoup de ces courants revendicateurs de « Zégalité » comme l’a écrit Z le 17 août 2017 en rappelant, en passant, la couleur du rouge à lèvres de Bochra Bel Haj Hmida.




Mais Z en parle parce qu’il a marre qu’on l’accuse de Male-gaze. Parce que Z est un pseudonyme et il tient à sa non binarité… c’est pour ça qu’il dessine tout le temps des orgies, qu’il met autant de fesses d’hommes à l’air qu’il ne déballe de Bazzoules. D’ailleurs, Z est un flamant rose, une réincarnation du phoenix, symbole de la renaissance, de la marginalité … Surtout ce flamant rose, dans la légende de Cénée n’est qu’un héro né de sexe féminin et qui s’était métamorphosé en homme. Plus inclusif qu’un flamant rose… y a pas !




Z et le « male gaze »


Le problème avec Z, c’est qu’il voulait être Dieu. Z s’est fait tout seul, Il s’est construit un mythe autour de son personnage, « le présent absent » par son anonymat. Il a créé un monde « Sebkha », des flamants roses, des mauves, des Bensimpsons, des satyres, une prophétie et un big bang.

Dans ce big bang, il nous explique que Dieu s’est explosé pour une raison qu’on ignore et que l’un des membres s’est détaché. Et devinez quoi ? ce membre est phallique… ZAB ! Dieu est un homme !

Selon Z, Dieu a un ZAB.

Selon la biologie, les hommes ont un ZAB (à moins que tu sois homme trans-).

Alors Dieu est un homme.

Et donc Z est un homme… Vous suivez ?

Ce n’est pas grave, parce qu’en fait, le male gaze n’est pas exclusif aux hommes… moi-même j’en suis parfois coupable puisque nous vivons dans un monde où les femmes savent plus que les hommes ce que les hommes pensent de nos corps… on nous l’apprend très vite dans la vie. Alors pour plaire aux hommes, je me mets à penser comme eux et je vois exactement ce qu’ils voient…histoire de survie.

Par ailleurs, étant femme cisgenre et hétérosexuelle, j’ai demandé à toutes les copines lesbiennes si elles nourrissaient la même obsession de Bazzoules que notre ami Z… trop de Bazzoules tue le Bazzoule, m’ont-elles dit.




Il est vrai qu’il les dessine tout le temps et qu’il est obsédé de gros bazzoules. A Sebkha, il n’y a pas de bonnet A ou B. les femmes ont une grosse poitrine que Z a pris soin de déballer, tout en dessinant à une certaine femme un Anus en guise de bouche et en écrivant « qu’elle est la seule femme dans ce bled capable de faire trembler autant de bites »... C’est pas de sa faute s’il regarde beaucoup de porno et qu’il s’est longtemps masturbé devant « two girls one cup »… d’ailleurs, il l’affirme lui-même : la date la plus importante de la révolution est le 13 Janvier… le jour où le régime de Ben Ali a enlevé la censure sur youtube et les sites pornographiques. Jubilatoire !


Mais bon… trop tard… Parce que Z était déjà abonné aux Proxy et il dessinait déjà des orgies sur Débat-Tunisie. Porn-hub à côté c’est de l’amateurisme.

D’ailleurs, je vous raconte tout ça parce que Z a écrit sur les corps des femmes dernièrement… attendez !!! il a écrit… pas dessiné.


Quand les femmes défilent, Z y voit de la soumission

Pour le 8 mars, l’institut français de Tunisie avait organisé un défilé baptisé « 50 ans et alors ? » pour dénoncer l’âgisme que les femmes subissent dans notre pays. Les commentaires sur l’apparence des défilantes m’ont asphyxiée et j’ai trouvé opportun de rappeler certaines choses ayant peut-être échappé à l’audience, ICI. C’est là où on m’a envoyé le billet de Z. Le voici.

Z n’est peut-être pas coupable de male-gaze, ou me semble-t-il qu’il nous a fait la promesse de se soigner… mais en attendant, il nous explique que si tu es femme, que tu es en tenue sexy et que tu as décidé de défiler sur un podium, c’est que tu t’es soumise au diktat du patriarcat… enfin, à moins que tu aies porté un livre en guise de clutch… Selon Z, être féministes et « entretenir le spectacle de son corps » sont incompatibles. Z n’est pas du tout un mansplainer… il explique juste aux femmes ce qu’elles doivent faire de leur corps… d’ailleurs, rappelons que faire des choses avec son corps sans prêter attention à ce que les autres pensent est le privilège des hommes. En reprochant à ces femmes d’avoir défilé, Z leur reproche d’avoir flirté avec un privilège masculin. D’ailleurs, ces femmes qu’on a vu défiler sont juste des femmes. Et toutes les femmes ne sont pas féministes. Et ce n’est pas à Z de dire aux féministes ce qu’elles doivent abandonner ou pas en se battant pour leur droit…Ezzab Z !



EZZAB Z !

En fait, Z se défraichit. Il tombe désormais dans la facilité, et lui-même fait son mea-culpa de temps à autres comme dans ce billet datant 27 octobre 2018, où il admet participer à la « surenchère » par « certains de ses dessins ». Bel euphémisme. La caricature est l’incarnation même de la surenchère. Et la caricature, il s’y attèle aussi en écrivant. Comme lorsqu’il traite le chroniqueur Mohamed Boughalleb de « Boulledogue Nœud papillon » auquel il reproche les attaques faciles … ou lorsque le 19 juillet 2019, il qualifie le président Beji Caïd Sebsi d’« apôtre de la bite molle ». (Pas du tout stigmatisant pour les impuissants voyons). Ou lorsqu’il commettait l’outing forcé d’un chroniqueur d’Al Hiwar Ettounsi au lieu de critiquer ses prises de position…


Mais quelle facilité reproche-t-il à Boughalleb lorsque lui-même en est coupable dans ses billets ? et en quoi est-ce subversif pour un artiste d’investir tout son talent à parler de « blonde botoxée » tout en reprochant ensuite aux femmes d’avoir choisi de défiler et de célébrer leur corps ?

Le flamant rose d’autrefois me manque… parce que celui-ci est en train de céder à la médiocrité…

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