• Sarah Ben Ali

Instagram : Influenceurs au service du capital



Instagrammeurs, influenceurs et personnages publics… parfois stars sur Instagram et anonymes ailleurs, sont devenus un outil marketing pour les petites et grandes entreprises pour promouvoir leurs produits et services. Les instagrameurs lifestyle fusent de tous bords en Tunisie. Au menu, voyages, mode, make-up, bons plans, plats succulents et fitness. Tout est bon pour encourager les abonnés à consommer… voir à surconsommer.


Le 20 janvier 2020, Myriam Boujbel ancienne députée du parti Nidaa Tounes (2014-2019) poste une vidéo IGTV sur son compte Instagram y critiquant certaines instagrameuses tunisiennes, leur mode de vie exorbitant qu’elles choisissent de déballer en public sans oublier l’évasion fiscale dont elles sont soupçonnées . L’ex députée n’est pas la seule à remettre en question le message communiqué par celles et ceux qu’on appelle aujourd’hui influenceurs. Retour sur ce phénomène…





Des marketers de complexes :


Fini le temps où il était mal vu de manger en public ou de montrer ses richesses pour ne pas causer du tort à ceux qui n’en ont pas les moyens. Aujourd’hui, Instagram est devenu une plateforme marketing dont les influenceurs sont les pions. Si vous installez la célèbre application sur votre téléphone, vous ne serez pas à l’abri des 100 mille palettes de phare à paupière –souvent testées sur les animaux, polluant nos eaux et hors de prix- proposées par les bloggeuses beauté dans un « crash test ». Vous serez incapables d’éviter les milliers de photos de voyage ou les virées en magasin de certaines instagrameuses tunisiennes, vous proposant des robes à 1000 dinars et encourageant à l’achat compulsif de produits de la fast-fashion. Quant aux soins capillaires et cutanés proposés à coup de PRP, de micro-needling et de peeling, tant pis si vous n’avez ni le temps ni les moyens pour les instituts de beauté. Vous n’êtes pas la cible de ce message. Pour l’être, soyez rentier.e.s .

Instagram est devenu une boule d’injonctions. Tout y est parfait, beau et divertissant. Mais avec le divertissement, viennent les complexes et la destruction de l’image de soi. On peut citer le Hashtag « #IwokeUpLikeThis »… facile quand on est passé par la case dermato une fois par semaine ou quand on maitrise le no-makeup-Look (une manière de se maquiller sans que ça ne se voit sur les photos).


Des pollueurs non-payeurs… pour l’instant :


Avec la communication sur les produits et les prestations, vient la consommation, la surconsommation, la mal-consommation. Si les influenceurs font aujourd’hui partie du système polluant pour la planète et discriminant pour les classes moyennes, ils ne sont pas seuls responsables. C’est surtout notre système économique et la croyance dans l’idée que la consommation engendre la production, donc la richesse qui est créatrice d’emploi. Or, si la surconsommation, la souscription à des prêts de consommation et le surendettement des ménages permet à certains de produire plus et d’avoir des emplois, nous ne pouvons ignorer l’impact irréversible que ça a sur la planète. L’industrie de la mode et des produits de beauté est extrêmement polluante. Sans oublier les voyages en avion ayant un coût conséquent sur l’environnement et les particules fines déversées dans nos mers, résultant de make-up à paillettes et contenants en plastique.

La question n’est autre que celle de savoir si nous pouvons continuer à ignorer l’impact environnemental de ces industries et de ces métiers du digital.

Sarah Ben Ali

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