• Sarah Ben Ali

La citoyenne Rania Amdouni : Menaces et cyberharcèlement contre un rempart du féminisme


Actrice et militante de la société civile, Rania Amdouni reste verticale devant les agressions verbales, les menaces de mort et le cyber-harcèlement dont elle fait l’objet depuis qu’elle a porté le cercueil de la bloggeuse Lina Ben Mhenni, sur son dos jusqu’au cimetière d’al Jallaz.



Un comportement jugé indigne par certains commentateurs réactionnaires.

Ces derniers se sont insurgés devant la violation d’un interdit. D’abord à cause de la présence des femmes dans les cimetières : un interdit brisé lors des funérailles d’un des leaders de la gauche tunisienne Chokri Belaid, assassiné par balle en 2013. Ensuite, des femmes qui portent un cercueil pour conduire une compagnonne de route à sa demeure éternelle.

« Ras-le-bol ! s’écrient-ils. Ces femmes qui piétinent nos us et coutumes, qui nous font insulte et qui ne reculent devant rien, dilapidons-les ! »



Ô bucher les sorcières !

Si on n’a pas entendu les appels aux meurtres sur les ondes radiophoniques ou à la télévision, ces menaces, Rania Amdouni les a lues sur Facebook sur ses photos lors des funérailles. Elle les a reçues en masse sur sa messagerie privée et en a subi les conséquences avec les intimidations qu’elle vit régulièrement dans l’espace public, et les agressions physiques et verbales dont elle est victime.

Mais la militante n’en est pas à son premier essai avec des délinquants à ses trousses. Des mois auparavant, ses photos ont circulé sur les réseaux sociaux à l’occasion de la danse militante organisée par Falgatna, un mouvement féministe dénonçant les agressions sexistes et sexuelles. Sa participation a fait jazzer les virilistes, contrariés par la présence des femmes dans l’espace public, parce qu’elle dévoyait leurs comportements criminels, restés jusque-là impunis.

Mais la présence de Rania Amdouni dans la foule titille leurs instincts les plus vils. La déferlance de haine, de grossophobie et de sexisme à son égard est incommensurable.



Mais pourquoi les dérange-t-elle autant?

Rania Amdouni est femme. Elle est entière et puissante. Et elle fait voler en éclat l’image extrêmement normée de ce que c’est qu’être femme dans une société patriarcale. Elle est vive, rebelle, armée d’une voix qui porte et d’un corps politique… ô qu’il est politique ce corps. Il n’échappe pas aux injonctions, aux regards inquisiteurs et aux invectives. On lui reproche de ne pas être assez féminin, de ne pas être assez mince, de ne pas être assez hétérosexuel… On lui reproche d’être « inviolable » comme certains l’ont affirmé dans les commentaires. « Inviolable »… c’est bien cela. Parce que le viol, dans une société cultivant ses rites constitue la preuve ultime qu’une femme est désirée, qu’elle est voulue, qu’elle est prise, qu’elle est dominée. Mais si elle nous raconte son parcours, ses détracteurs réaliseront très vite à quel point ils sont ignares de plus d’être délinquants. Mais ce parcours, nous avons choisi de le taire parce qu’il n’est pas notre à raconter.

Rania Amdouni est une femme qui n’a pas besoin d’hommes et qui ne les sollicite pas. Ces hommes qu’elle ne sollicite pas, viennent la lyncher, l’épier, la menacer, agresser ses amis et la cyber-harceler. Ils pensent la faire plier en ignorant que Nous, citoyennes et citoyenne Rania Amdouni, nous ne connaissons pas la flexion.


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