• Sarah Ben Ali

le 23 janvier : La journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage en Tunisie

Mis à jour : 22 janv. 2020














Le 23 janvier 2019, le président de la république tunisienne Beji Caïd Essebsi annonce l'instauration de la journée nationale de l'abolition de l'esclavage, célébrée désormais chaque année. Cette décision est intervenue suite à une demande de plusieurs associations luttant contre le racisme. Nous faisons le point sur cet épisode de l'histoire.

174 ans sont passés depuis le décret de Ahmed Bey Ier du 23 janvier 1846, abolissant l'esclavage dans la Tunisie ottomane. La Tunisie est désormais indépendante, elle est munie d'une constitution inclusive et d'une loi anti-racisme votée en octobre 2018.

Si à l'école, on nous enseigne que la régence ottomane a été l'une des premières à abolir l'esclavage dans la région, les livres scolaires ne reviennent nulle part sur les circonstances de la promulgation du décret beylical.




Comment Ahmed Bey a réussi à abolir l'esclavage en 1846?


Dans la régence, le processus de l'abolition a été engagé progressivement et la rupture avec la traite ne s'est pas faite du jour au lendemain.

Le souverain Ahmed Bey, lui-même fils d’une esclave sarde , y a été sensibilisé grâce aux mouvements abolitionnistes mondiaux notamment ceux de la Grande Bretagne ayant abouti à l'abolition de la traite en 1807 et à l'abolition de l'esclavage en 1833.

lorsque Ahmed Bey arrive au pouvoir en 1837, il engage une série de réformes fondamentales dont celle de 1841 lorsqu'il interdit les marchés d'esclaves. Une année plus tard, il interdit la traite et décrète que chaque enfant d'esclave né après le mois de septembre 1842 sera né libre.


L'affranchissement des esclaves dans la Régence était monnaie courante eu égard au fait que la religion de la population y était favorable. il était encouragé par les cheikhs de la Zeitouna et se faisait souvent à l'occasion de la naissance, le mariage ou le décès du maître.

Les nouveaux affranchis venaient désormais grossir les rangs de l'armée ou renforcer les manufactures d'armement. Pour autant, ils portaient souvent le nom de leurs maîtres et leur sont restés liés, du moins par leur acte d'affranchissement, au plus à cause de leur situation précaire.



Si l'affranchissement faisait partie des moeurs de la population, le décret de 1946 n'a pas suffi à éradiquer la pratique de l'esclavage, spécialement dans les régions de l'intérieur et dans le sud du pays où les esclaves constituaient une main d'oeuvre conséquente.

Par ailleurs, un décret de 1890 cosigné par la France et le Bey est venu renforcer le corpus juridique pour octroyer aux anciens esclaves des droits économiques et familiaux.





Quel héritage de l'abolition de l'esclavage?



La postérité retient une Régence avant-gardiste, sensible à la question des minorités et ayant à sa tête des souverains réceptifs aux valeurs de liberté et d'égalité.

Par ailleurs, l'histoire retient que des lois progressistes ont permis un changement de mentalité et une rupture avec des pratiques serviles. Or, un héritage sémantique se manifeste régulièrement dans l'usage de vocabulaire renvoyant à cette épisode de l'histoire.


On pense à Farhad Rajhi, juge, député et ancien ministre, épinglé pour propos racistes dans la commission de législation générale à l'assemblée des représentants du peuple la semaine dernière. Lorsqu'il a été repris par la députée Samia Abou sur l'usage du terme "Ousif"/ "esclave", il lui a répondu que les esclaves blancs n'existaient pas.



Or, en Tunisie, les mamlouks ( des chrétiens d'Europe de l'est, réduits en esclavage lors de rapts de pirates musulmans comme Kheireddine Barberousse) étaient des blancs. De Nombreux Mamlouks ont constitué la cour des Beys et sont même devenus vizirs.

Le terme "Ousif"/ "esclave" est utilisé dans le dialecte tunisien pour renvoyer aux personnes noires. Pourtant, une loi antiracisme a été votée en octobre 2018 pour réprimer les discriminations contre la population noire de Tunisie et mettre fin aux attaques racistes récurrentes et parfois intégrées dans la conscience collective.


Sarah Ben Ali





















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