• Sarah Ben Ali

On a regardé pour vous : "Regarde-Moi" de Nejib Belkadhi

Mis à jour : 24 oct. 2019

On n'est pas définitivement, irréfragablement fait mais nous restons toujours à faire. C'est bien à cela que tout artiste aspire. À se réinventer, à se travestir, à se contrarier. Quant à la signature, elle est toujours là, ancrée dans la reconnaissance. D'un talent, d'une quête. Si certains se réconfortent dans la redondance, dans la régulière duplication de l'oeuvre, tourner jusqu'au bout le stricte même film, d'autres préfèrent détruire le prochain tout en niant le précèdent.

Et si y'en a un qui est dans la négation de ce qui fut et dans l'affirmation de ce qui est à faire, c'est bien lui, le magnifique, le maître, le cameleon، le subversif Nejib belkadhi. Cinéaste producteur et acteur, il nous fait l'honneur de sa présence à L'IMA à l'occasion de la projection de "regarde moi", sortie dans les salles de la rive sud il y'a une année. L'auteur de "Bastardo" n'était pas attendu, mais il ne manquerait pas de faire de l'ombre à son acteur principal Nidhal Saadi, venu défendre le film à sa place.


Non, le public n'aura d'yeux que pour lui, parce que le magnifique surprend toujours, il ne cesse de se renouveler. Toujours aussi fin, jamais aussi juste que dans "Regarde-moi", un long métrage contant l'histoire d'un homme qui cherche le regard de son fils. Un regard perdu, tourné, en diagonal mais jamais tout court. Un coup de maître de Nejib le magnifique pour raconter, au delà de l'autisme, la frustration de tout parent, devant un enfant incompris, qui n'arrive pas à dire, à regarder, à toucher, à se faire comprendre. Parce qu'un enfant est toujours différent, il n'est jamais un prolongement de soi, toujours une rupture.

"Pourquoi tu es comme ça? Pourquoi tu fais ça?" Sanglotte Lotfi, un papa effondré interprété brillamment par Nidhal Saadi. Mais cette scène là, plus d'un parent vous dira qu'il l'a vécu. Mais cette scène là, ce n'est jamais une impasse mais plutôt un tunnel.

Le créateur de Vhs kahloucha a voulu faire un film sur l'autisme mais c'est bien un film sur la paternité qu'il a fabriqué.

"Ton problème c'est que tu veux que Youssef soit toi, qu'il te ressemble" lui lance Sawssen maalej dans la peau de Khadija la tante aimante d'un enfant autiste. Mais qu'en est t-il justement de cette tradition meurtrière de vouloir se cloner perpétuellement dans l'irrespect total de la différence? C'est bien de cela que Regarde moi parle. D'un père démissionnaire qui revient de son exil pour se battre pour son fils, dans une tentative de réconcilier son présent avec son passé. Mais jamais on nous dit pourquoi un absent décide t-il réellement de revenir et de s'investir autant après tant d'années.

Pas d'excuses mais toujours de la nuance.

Lotfi est un personnage complexe, tantôt agressif, tantôt attendri. Longtemps indifférent et puis soudain altruiste.

Si Nidhal Saadi a réussi à incarner Lotfi à la perfection, c'est bien Saoussen Maalej qui aurait mérité l'Oscar du second rôle. Sublime, incroyablement furaxe et communicative, qu'est ce qu'on voudrait la revoir, avec des rôles aussi forts que celui de Khadija.

Et puis le magnifique, rien que le magnifique, tout magnifique. D'un simple figurant qui a brillé par un regard à un réalisateur inachevé, qui se cherche encore, volontairement. nejib belkadhi est là, dans sa mue, à ôter une peau pour en revêtir une autre. Cette fois, c'est Belkadhi qui est en rupture avec son œuvre. Plus d'experimental, on sort de l'univers sombre de Bastardo, ou du docu fiction de Vhs kahloucha. Il met un pied dans le storytelling, Dans sa simplicité et sa profondeur.

Un film expo, une succession de plans sangrenus, une fin dans la subtilité sur le regard ému d'un enfant pour son père, d'une tante pour son neveu, d'un père aveuglé par le sommeil.


De Najib belkadhi, on attend la suite mais jamais la fin.

Sarah Ben Ali


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